— Tudieu! les rudes coups! dit le capitaine en cherchant à étancher le sang qui coulait à flots… Holà! vous qui venez, venez plus vite!
En effet, un homme, assis sur le devant d'une espèce de tombereau peint en rouge, apparaissait dans la brume du soir, chantant cette vieille chanson que lui avait sans doute rappelée le miracle du cimetière des Innocents:
Bel aubespin fleurissant, Verdissant, __ Le long de ce beau rivage, Tu es vêtu, jusqu'au bas, Des longs bras D'une lambrusche sauvage. __ Le chantre rossignolet, Nouvelet, __ Courtisant sa bien-aimée, Pour ses amours alléger, Vient loger Tous les ans sous la ramée. __ Or, vis, gentil aubespin, Vis sans fin; __ Vis, sans que jamais tonnerre Ou la cognée, ou les vents, Ou le temps Te puissent ruer par…
_— _Holà hé! répéta le capitaine, venez donc quand on vous appelle! Ne voyez-vous pas que ces gentilshommes ont besoin de secours?
L'homme au chariot, dont l'extérieur repoussant et le visage rude formaient un contraste étrange avec la douce et bucolique chanson que nous venons de citer, arrêta alors son cheval, descendit, et se baissant sur les deux corps:
— Voilà de belles plaies, dit-il; mais j'en fais encore de meilleures.
— Qui donc êtes-vous? demanda Marguerite ressentant malgré elle une certaine terreur qu'elle n'avait pas la force de vaincre.
— Madame, répondit cet homme en s'inclinant jusqu'à terre, je suis maître Caboche, bourreau de la prévôté de Paris, et je venais accrocher à ce gibet des compagnons pour M. l'amiral.
— Eh bien, moi, je suis la reine de Navarre, répondit Marguerite; jetez là vos cadavres, étendez dans votre chariot les housses de nos chevaux, et ramenez doucement derrière nous ces deux gentilshommes au Louvre.
XVII
Le confrère de maître Ambroise Paré