— Précisément, Sire; comme vous voyez, je recrute jusqu'en
Provence.
— Et moi, dit le duc de Guise avec un sourire moqueur, je vais plus loin encore que Sa Majesté le roi de Navarre, car je vais chercher jusqu'en Piémont tous les catholiques sûrs que j'y puis trouver.
— Catholiques ou huguenots, interrompit le roi, peu m'importe, pourvu qu'ils soient vaillants.
Le roi, pour dire ces paroles qui, dans son esprit, mêlaient huguenots et catholiques, avait pris une mine si indifférente que le duc de Guise en fut étonné lui-même.
— Votre Majesté s'occupe de nos Flamands? dit l'amiral à qui le roi, depuis quelques jours, avait accordé la faveur d'entrer chez lui sans être annoncé, et qui venait d'entendre les dernières paroles du roi.
— Ah! voici mon père l'amiral, s'écria Charles IX en ouvrant les bras; on parle de guerre, de gentilshommes, de vaillants, et il arrive; ce que c'est que l'aimant, le fer s'y tourne; mon beau- frère de Navarre et mon cousin de Guise attendent des renforts pour votre armée. Voilà ce dont il était question.
— Et ces renforts arrivent, dit l'amiral.
— Avez-vous eu des nouvelles, monsieur? demanda le Béarnais.
— Oui, mon fils, et particulièrement de M. de La Mole; il était hier à Orléans, et sera demain ou après-demain à Paris.
— Peste! monsieur l'amiral est donc nécromant, pour savoir ainsi ce qui se fait à trente ou quarante lieues de distance! Quant à moi, je voudrais bien savoir avec pareille certitude ce qui se passa ou ce qui s'est passé devant Orléans!