—Il y a vingt ans, monseigneur, dit-il que je cultive les tulipes à Dordrecht; j'ai même acquis dans cet art une certaine réputation: une de mes hybrides porte au catalogue un nom illustre. Je l'ai dédiée au roi de Portugal. Maintenant voici la vérité. Cette jeune fille savait que j'avais trouvé la tulipe noire, et de concert avec un certain amant qu'elle a dans la forteresse de Loewestein, cette jeune fille a formé le projet de me ruiner en s'appropriant le prix de cent mille florins que je gagnerai, j'espère, grâce à votre justice.

—Oh! s'écria Rosa outrée de colère.

—Silence, dit le prince.

Puis se tournant vers Boxtel:

—Et quel est, dit-il, ce prisonnier que vous dites être l'amant de cette jeune fille?

Rosa faillit s'évanouir, car le prisonnier était recommandé par le prince comme un grand coupable.

Rien ne pouvait être plus agréable à Boxtel que cette question.

—Quel est ce prisonnier? répéta-t-il.

—Ce prisonnier, monseigneur, est un homme dont le nom seul prouvera à Votre Altesse combien elle peut avoir foi en sa probité. Ce prisonnier est un criminel d'État, condamné une fois à mort.

—Et qui s'appelle...?