Il va sans dire que l'un étant garçon et l'autre une fille, le premier reçut le nom de Cornélius, et la seconde, celui de Rosa.
Van Baërle resta fidèle à Rosa, comme à ses tulipes; toute sa vie, il s'occupa du bonheur de sa femme et de la culture des fleurs, culture grâce à laquelle il trouva un grand nombre de variétés qui sont inscrites au catalogue hollandais.
Les deux principaux ornements de son salon étaient dans deux grands cadres d'or, ces deux feuillets de la Bible de Corneille de Witt; sur l'un, on se le rappelle, son parrain lui avait écrit de brûler la correspondance du marquis de Louvois; sur l'autre, il avait légué à Rosa le caïeu de la tulipe noire, à la condition qu'avec sa dot de cent mille florins elle épouserait un beau garçon de vingt-six à vingt-huit ans, qui l'aimerait et qu'elle aimerait, condition qui avait été scrupuleusement remplie, quoique Cornélius ne fût point mort, et justement parce qu'il n'était point mort.
Enfin pour combattre les envieux à venir, dont la Providence n'aurait peut-être pas eu le loisir de le débarrasser comme elle avait fait de mynheer Isaac Boxtel, il écrivit au-dessus de sa porte ce vers, que Grotius avait gravé, le jour de sa fuite, sur le mur de sa prison:
«On a quelquefois assez souffert pour avoir le droit de ne jamais dire: Je suis trop heureux.»