La sentinelle laissa passer les deux femmes; mais à peine eurent-elles monté quatre marches de l'escalier sombre, qu'elles rencontrèrent Maurice Lindey, qui descendait un instant dans la cour.

La nuit était presque venue, de sorte qu'on ne pouvait distinguer les traits de leur visage. Maurice les arrêta.

—Qui êtes-vous, citoyennes, demanda-t-il, et que voulez-vous?

—Je suis Sophie Tison, dit l'une des deux femmes. J'ai obtenu la permission de voir ma mère, et je viens la voir.

—Oui, dit Maurice; mais la permission est pour toi seule, citoyenne.

—J'ai amené mon amie pour que nous soyons deux femmes, au moins, au milieu des soldats.

—Fort bien; mais ton amie ne montera pas.

—Comme il vous plaira, citoyen, dit Sophie Tison en serrant la main de son amie, qui, collée contre la muraille, semblait frappée de surprise et d'effroi.

—Citoyens factionnaires, cria Maurice en levant la tête et en s'adressant aux sentinelles qui étaient placées à chaque étage, laissez passer la citoyenne Tison; seulement, son amie ne peut point passer. Elle attendra sur l'escalier, et vous veillerez à ce qu'on la respecte.

—Oui, citoyen, répondirent les sentinelles.