—On vous conduit au poste, dit Maurice, non point parce que vous avez fait mal, non point parce qu'on suppose que vous pouvez en faire, mais parce qu'un décret de la Commune défend de sortir sans une carte et que vous n'en avez pas.

—Mais, monsieur, j'ignorais.

—Citoyenne, vous trouverez au poste de braves gens qui apprécieront vos raisons, et de qui vous n'avez rien à craindre.

—Monsieur, dit la jeune femme en serrant le bras de l'officier, ce n'est plus l'insulte que je crains, c'est la mort; si l'on me conduit au poste, je suis perdue.


[II]

[L'inconnue]

Il y avait dans cette voix un tel accent de crainte et de distinction mêlées ensemble, que Maurice tressaillit. Comme une commotion électrique, cette voix vibrante avait pénétré jusqu'à son cœur.

Il se retourna vers les enrôlés volontaires, qui se consultaient entre eux. Humiliés d'avoir été tenus en échec par un seul homme, ils se consultaient entre eux avec l'intention bien visible de regagner le terrain perdu; ils étaient huit contre un: trois avaient des fusils, les autres des pistolets et des piques, Maurice n'avait que son sabre: la lutte ne pouvait être égale.

La femme elle-même comprit cela, car elle laissa retomber sa tête sur sa poitrine en poussant un soupir.