Les affaires publiques étaient terribles: le 31 mai se préparait. La Terreur qui, pareille à un torrent, se précipitait du haut de la Montagne, essayait d'emporter cette digue qu'essayaient de lui opposer les girondins, ces audacieux modérés, qui avaient osé demander vengeance des massacres de septembre et lutter un instant pour sauver la vie du roi.
Tandis que Maurice travaillait avec tant d'ardeur, que la fièvre qu'il voulait chasser dévorait sa tête au lieu de son cœur, le messager rentrait dans la vieille rue Saint-Jacques et emplissait le logis de stupéfaction et d'épouvante.
La lettre, après avoir passé sous les yeux de Geneviève, fut remise à Dixmer.
Dixmer l'ouvrit et la lut sans y rien comprendre d'abord; puis il la communiqua au citoyen Morand, qui laissa retomber sur sa main son front blanc comme l'ivoire.
Dans la situation où se trouvaient Dixmer, Morand et ses compagnons, situation parfaitement inconnue à Maurice, mais que nos lecteurs ont pénétrée, cette lettre était, en effet, un coup de foudre.
—Est-il honnête homme? demanda Dixmer avec angoisse.
—Oui, répondit sans hésitation Morand.
—N'importe! reprit celui qui avait été pour les moyens extrêmes, nous avons, vous le voyez bien mal fait de ne pas le tuer.
—Mon ami, dit Morand, nous luttons contre la violence; nous la flétrissons du nom de crime. Nous avons bien fait, quelque chose qui puisse en résulter, de ne point assassiner un homme; puis, je le répète, je crois Maurice un cœur noble et honnête.
—Oui, mais si ce cœur noble et honnête est celui d'un républicain exalté, peut-être lui-même regarderait-il comme un crime, s'il a surpris quelque chose, de ne pas immoler son propre honneur, comme ils disent, sur l'autel de la patrie.