—Mais, dit Morand, croyez-vous qu'il sache quelque chose?
—Eh! n'entendez-vous point? Il parle de secrets qui resteront ensevelis dans son cœur.
—Ces secrets sont évidemment ceux qui lui ont été confiés par moi, relativement à notre contrebande; il n'en connaît pas d'autres.
—Mais, dit Morand, de cette entrevue d'Auteuil n'a-t-il rien soupçonné? Vous savez qu'il accompagnait votre femme?
—C'est moi-même qui ai dit à Geneviève de prendre Maurice avec elle pour la sauvegarder.
—Écoutez, dit Morand, nous verrons bien si ces soupçons sont vrais. Le tour de garde de notre bataillon arrive au Temple le 2 juin, c'est-à-dire dans huit jours; vous êtes capitaine, Dixmer, et moi, je suis lieutenant: si notre bataillon ou notre compagnie même reçoit contrordre, comme l'a reçu l'autre jour le bataillon de la Butte-des-Moulins, que Santerre a remplacé par celui des Gravilliers, tout est découvert, et nous n'avons plus qu'à fuir Paris ou à mourir en combattant. Mais si tout suit le cours des choses...
—Nous sommes perdus de la même façon, répliqua Dixmer.
—Pourquoi cela?
—Pardieu! tout ne roulait-il pas sur la coopération de ce municipal? N'était-ce pas lui qui, sans le savoir, nous devait ouvrir un chemin jusqu'à la reine?
—C'est vrai, dit Morand abattu.