—Arthémise? dit Maurice en cherchant dans sa mémoire, sans que ce nom lui rappelât aucun souvenir.
—Oui, une grande brune, dont j'ai fait connaissance, l'année dernière... au bal de l'Opéra, à telles enseignes que tu vins souper avec nous et que tu la grisas.
—Ah! oui, c'est vrai, répondit Maurice, je me souviens maintenant; et c'est elle?
—C'est elle qui a le plus de chances. Je l'ai présentée au concours: tous les Thermopyles m'ont promis leurs voix. Dans trois jours, l'élection générale. Aujourd'hui, repas préparatoire; aujourd'hui, nous répandons le vin de Champagne; peut-être, après-demain, répandrons-nous le sang! Mais qu'on répande ce que l'on voudra, Arthémise sera déesse, ou que le diable m'emporte! Allons, viens; nous lui ferons mettre sa tunique.
—Merci. J'ai toujours eu de la répugnance pour ces sortes de choses.
—Pour habiller les déesses? Peste! mon cher! tu es difficile. Eh bien, voyons, si cela peut te distraire, je la lui mettrai, sa tunique, et toi, tu la lui ôteras.
—Lorin, je suis malade, et non seulement je n'ai plus de gaieté, mais encore la gaieté des autres me fait mal.
—Ah çà! tu m'effrayes, Maurice: tu ne te bats plus, tu ne ris plus; est-ce que tu conspires, par hasard?
—Moi! plût à Dieu!
—Tu veux dire: plût à la déesse Raison!