—C'est une journée perdue, dit Morand, et qui retardera d'autant celle où je me retirerai du commerce.

—Alors, je n'irai point, dit Geneviève.

—Et pourquoi cela? demanda Morand.

—Eh! mon Dieu, c'est bien simple, dit Geneviève, parce que je ne puis pas compter sur mon mari pour m'accompagner, et que, si vous ne m'accompagnez pas, vous, homme raisonnable, homme de trente-huit ans, je n'aurai pas la hardiesse d'aller affronter seule les postes de canonniers, de grenadiers et de chasseurs, en demandant à parler à un municipal qui n'est mon aîné que de trois ou quatre ans.

—Alors, dit Morand, puisque vous croyez ma présence indispensable, citoyenne...

—Allons, allons, citoyen savant, soyez galant, comme si vous étiez tout bonnement un homme ordinaire, dit Maurice, et sacrifiez la moitié de votre journée à la femme de votre ami.

—Soit! dit Morand.

—Maintenant, reprit Maurice, je ne vous demande qu'une chose, c'est de la discrétion. C'est une démarche suspecte qu'une visite au Temple, et un accident quelconque qui arriverait à la suite de cette visite nous ferait guillotiner tous. Les jacobins ne plaisantent pas, peste! Vous venez de voir comme ils ont traité les girondins.

—Diable! dit Morand, c'est à considérer, ce que dit le citoyen Maurice: ce serait une manière de me retirer du commerce qui ne m'irait point du tout.

—N'avez-vous pas entendu, reprit Geneviève en souriant, que le citoyen a dit tous?