—Eh bien, tous?

—Tous ensemble.

—Oui, sans doute, dit Morand, la compagnie est agréable; mais j'aime mieux, belle sentimentale, vivre dans votre compagnie que d'y mourir.

—Ah çà! où diable avais-je donc l'esprit, se demanda Maurice, quand je croyais que cet homme était amoureux de Geneviève?

—Alors, c'est dit, reprit Geneviève; Morand, vous, c'est à vous que je parle, à vous le distrait, à vous le rêveur; c'est pour jeudi prochain: n'allez pas, mercredi soir, commencer quelque expérience chimique qui vous retienne pour vingt-quatre heures, comme cela arrive quelquefois.

—Soyez tranquille, dit Morand; d'ailleurs, d'ici là, vous me le rappellerez.

Geneviève se leva de table, Maurice imita son exemple; Morand allait en faire autant, et les suivre peut-être, lorsque l'un des ouvriers apporta au chimiste une petite fiole de liqueur qui attira toute son attention.

—Dépêchons-nous, dit Maurice en entraînant Geneviève.

—Oh! soyez tranquille, dit celle-ci; il en a pour une bonne heure au moins.

Et la jeune femme lui abandonna sa main, qu'il serra tendrement dans les siennes. Elle avait remords de sa trahison, et elle lui payait ce remords en bonheur.