—Oh! Maurice, dit Geneviève, c'est bien inutile; nous en avons tant dans le jardin! Et, malgré ce refus des lèvres, les yeux de Geneviève disaient qu'elle mourait d'envie d'avoir ce bouquet.
Maurice prit le plus beau de tous les bouquets; c'était, d'ailleurs, celui que lui présentait la jolie marchande de fleurs.
Il se composait d'une vingtaine d'œillets ponceau, à l'odeur à la fois âcre et suave. Au milieu de tous et dominant comme un roi, sortait un œillet énorme.
—Tiens, dit Maurice à la marchande, en lui jetant sur son éventaire un assignat de cinq livres; tiens, voilà pour toi.
—Merci, mon beau municipal, dit la bouquetière; cinq fois merci!
Et elle alla vers un autre couple de citoyens, dans l'espérance qu'une journée qui commençait si magnifiquement serait une bonne journée. Pendant cette scène, bien simple en apparence, et qui avait duré quelques secondes à peine, Morand, chancelant sur ses jambes, s'essuyait le front, et Geneviève était pâle et tremblante. Elle prit, en crispant sa main charmante, le bouquet que lui présentait Maurice, et le porta à son visage, moins pour en respirer l'odeur que pour cacher son émotion.
Le reste du chemin se fit gaiement, quant à Maurice du moins. Pour Geneviève, sa gaieté à elle était contrainte. Quant à Morand, la sienne se faisait jour d'une façon bizarre, c'est-à-dire par des soupirs étouffés, par des rires éclatants et par des plaisanteries formidables, tombant sur les passants comme un feu de file.
À neuf heures, on arrivait au Temple. Santerre faisait l'appel des municipaux.
—Me voici, dit Maurice en laissant Geneviève sous la garde de Morand.
—Ah! sois le bienvenu, dit Santerre en tendant la main au jeune homme.