—C'est toi qui promets de sauver ma fille? L'inconnu se tut.
—Me le promets-tu? t'y engages-tu? me le jures-tu? Réponds!
—Écoute. Tout ce qu'un homme peut faire pour sauver une femme, je le ferai pour sauver ton enfant.
—Il ne peut pas la sauver! s'écria la femme Tison en poussant des hurlements; il ne peut pas la sauver. Il mentait lorsqu'il promettait de la sauver.
—Fais ce que tu pourras pour la reine, je ferai ce que je pourrai pour ta fille.
—Que m'importe la reine, à moi? C'est une mère qui a une fille, voilà tout. Mais, si l'on coupe le cou à quelqu'un, ce ne sera pas à sa fille, ce sera à elle. Qu'on me coupe le cou, et qu'on sauve ma fille. Qu'on me mène à la guillotine, à la condition qu'il ne tombera pas un seul cheveu de sa tête, et j'irai à la guillotine en chantant:
Ah! ça ira, ça ira, ça ira,
Les aristocrates à la lanterne...
Et la femme Tison se mit à chanter avec une voix effrayante; puis, tout à coup, elle interrompit son chant par un grand éclat de rire.
L'homme au manteau parut lui-même effrayé de ce commencement de folie et fit un pas en arrière.
—Oh! tu ne t'éloigneras pas comme cela, dit la femme Tison au désespoir, et en le retenant par son manteau; on ne vient pas dire à une mère: «Fais cela et je sauverai ton enfant», pour lui dire après cela: «Peut-être.» La sauveras-tu?