—Je ne sais ce que vous entendez dire par l'homme au manteau, répondit la reine; mais, s'il ne s'agit, pour tranquilliser votre conscience, que d'obtenir de moi le pardon des offenses que vous croyez m'avoir faites, oh! du fond du cœur, pauvre femme! je vous pardonne bien sincèrement; et puissent ceux que j'ai offensés me pardonner de même!
—Oh! s'écria la femme Tison avec un intraduisible accent de joie, il sauvera donc ma fille, puisque vous m'avez pardonné. Votre main, madame, votre main.
La reine, étonnée, tendit, sans y rien comprendre, sa main, que la femme Tison saisit avec ardeur, et sur laquelle elle appuya ses lèvres.
En ce moment, la voix enrouée d'un colporteur se fit entendre dans la rue du Temple.
—Voilà, cria-t-il, le jugement et l'arrêt qui condamnent la fille Héloïse Tison à la peine de mort pour crime de conspiration!
À peine ces paroles eurent-elles frappé les oreilles de la femme Tison, que sa figure se décomposa, qu'elle se releva sur un genou et qu'elle étendit les bras pour fermer le passage à la reine.
—Oh! mon Dieu! murmura la reine, qui n'avait pas perdu un mot de la terrible annonce.
—Condamnée à la peine de mort? s'écria la mère; ma fille condamnée? mon Héloïse perdue? Il ne l'a donc pas sauvée et ne peut donc pas la sauver? il est donc trop tard?... Ah!...
—Pauvre femme, dit la reine, croyez que je vous plains.
—Toi? dit-elle, et ses yeux s'injectèrent de sang. Toi, tu me plains? Jamais! jamais!