—Vous vous trompez, je vous plains de tout mon cœur; mais laissez-moi passer.
—Te laisser passer! La femme Tison éclata de rire.
—Non, non! je te laissais fuir parce qu'il m'avait dit que, si je te demandais pardon et que si je te laissais fuir, ma fille serait sauvée; mais, puisque ma fille va mourir, tu ne te sauveras pas.
—À moi, messieurs! venez à mon aide, s'écria la reine. Mon Dieu! mon Dieu! mais vous voyez bien que cette femme est folle.
—Non, je ne suis pas folle, non; je sais ce que je dis, s'écria la femme Tison. Voyez-vous, c'est vrai, il y avait une conspiration; c'est Simon qui l'a découverte, c'est ma fille, ma pauvre fille, qui a vendu le bouquet. Elle l'a avoué devant le tribunal révolutionnaire... un bouquet d'œillets... il y avait des papiers dedans.
—Madame, dit la reine, au nom du ciel! On entendit de nouveau la voix du crieur qui répétait:
—Voilà le jugement et l'arrêt qui condamnent la fille Héloïse Tison à la peine de mort pour crime de conspiration!
—L'entends-tu? hurla la folle, autour de laquelle se groupaient les gardes nationaux; l'entends-tu, condamnée à mort? C'est pour toi, pour toi, qu'on va tuer ma fille, entends-tu, pour toi, l'Autrichienne?
—Messieurs, dit la reine, au nom du ciel! si vous ne voulez pas me débarrasser de cette pauvre folle, laissez-moi du moins remonter; je ne puis supporter les reproches de cette femme: tout injustes qu'ils sont, ils me brisent.
Et la reine détourna la tête en laissant échapper un douloureux sanglot.