—De Morand le chimiste.

—Morand le chimiste est devant vous. Morand le chimiste et le chevalier de Maison-Rouge ne font qu'un.

Et allongeant la main vers une table voisine, il eut en un instant coiffé cette perruque noire qui l'avait si longtemps rendu méconnaissable aux yeux du jeune républicain.

—Ah! oui, dit Maurice avec un redoublement de dédain; oui, je comprends, ce n'est pas Morand que vous aimiez, puisque Morand n'existait pas; mais le subterfuge, pour en être plus adroit, n'en est pas moins méprisable.

Le chevalier fit un mouvement de menace.

—Monsieur, continua Maurice, veuillez me laisser causer un instant avec madame; assistez même à la causerie, si vous voulez; elle ne sera pas longue, je vous en réponds.

Geneviève fit un mouvement pour inviter Maison-Rouge à prendre patience.

—Ainsi, continua Maurice, ainsi, vous, Geneviève, vous m'avez rendu la risée de mes amis! l'exécration des miens! Vous m'avez fait servir, aveugle que j'étais, à tous vos complots! vous avez tiré de moi l'utilité que l'on tire d'un instrument! Écoutez: c'est une action infâme! mais vous en serez punie, madame! car monsieur que voici va me tuer sous vos yeux! Mais avant cinq minutes, il sera là, lui aussi, gisant à vos pieds, ou, s'il vit, ce sera pour porter sa tête sur un échafaud.

—Lui mourir! s'écria Geneviève; lui porter sa tête sur l'échafaud! Mais vous ne savez donc pas, Maurice, que lui c'est mon protecteur, celui de ma famille; que je donnerais ma vie pour la sienne; que s'il meurt je mourrai, et que si vous êtes mon amour, vous, lui est ma religion?

—Ah! dit Maurice, vous allez peut-être continuer de dire que vous m'aimez. En vérité, les femmes sont trop faibles et trop lâches.