Maurice ne répondit même pas; il s'élança hors de la chambre, descendit l'escalier comme s'il eût eu des ailes, et courut chez Lorin.

Il serait difficile d'exprimer la stupéfaction, la colère, la rage du digne poète lorsqu'il apprit cette nouvelle; autant vaudrait recommencer les touchantes élégies que devait inspirer Oreste à Pylade.

—Ainsi tu ne sais où elle est? ne cessait-il de répéter.

—Perdue, disparue! hurlait Maurice dans un paroxysme de désespoir; il l'a tuée, Lorin, il l'a tuée!

—Eh! non, mon cher ami; non, mon bon Maurice, il ne l'a pas tuée; non, ce n'est pas après tant de jours de réflexion qu'on assassine une femme comme Geneviève; non, s'il l'avait tuée, il l'eût tuée sur la place, et il eût, en signe de sa vengeance, laissé le corps chez toi. Non, vois-tu, il s'est enfui avec elle, trop heureux d'avoir retrouvé son trésor.

—Tu ne le connais pas, Lorin, tu ne le connais pas, disait Maurice; cet homme avait quelque chose de funeste dans le regard.

—Mais non, tu te trompes; il m'a toujours fait l'effet d'un brave homme, à moi. Il l'a prise pour la sacrifier. Il se fera arrêter avec elle; on les tuera ensemble. Ah! voilà où est le danger, disait Lorin.

Et ces paroles redoublaient le délire de Maurice.

—Je la retrouverai! je la retrouverai, ou je mourrai! s'écriait-il.

—Oh! quant à cela, il est certain que nous la retrouverons, dit Lorin; seulement, calme-toi. Voyons, Maurice, mon bon Maurice, crois-moi, on cherche mal quand on ne réfléchit pas; on réfléchit mal quand on s'agite comme tu fais.