Cette visite s'exerçait particulièrement dans l'appartement du troisième étage, composé d'une antichambre et de trois pièces.
Une de ces chambres était occupée par deux femmes, une jeune fille et un enfant de neuf ans, tous vêtus de deuil.
L'aînée de ces femmes pouvait avoir trente-sept à trente-huit ans. Elle était assise et lisait près d'une table.
La seconde était assise et travaillait à un ouvrage de tapisserie: elle pouvait être âgée de vingt-huit à vingt-neuf ans.
La jeune fille en avait quatorze et se tenait près de l'enfant, qui, malade et couché, fermait les yeux comme s'il dormait, quoique évidemment il fût impossible de dormir au bruit que faisaient les municipaux.
Les uns remuaient les lits, les autres déployaient les pièces de linge; d'autres enfin, qui avaient fini leurs recherches, regardaient avec une fixité insolente les malheureuses prisonnières, qui se tenaient les yeux obstinément baissés, l'une sur son livre, l'autre sur sa tapisserie, la troisième sur son frère.
L'aînée de ces femmes était grande, pâle et belle; celle qui lisait paraissait surtout concentrer son attention sur son livre, quoique, selon toute probabilité, ce fussent ses yeux qui lussent et non son esprit.
Alors, un des municipaux s'approcha d'elle, saisit brutalement le livre qu'elle tenait et le jeta au milieu de la chambre.
La prisonnière allongea la main vers la table, prit un second volume et continua de lire.
Le montagnard fit un geste furieux pour arracher ce second volume, comme il avait fait du premier. Mais, à ce geste, qui fit tressaillir la prisonnière qui brodait près de la fenêtre, la jeune fille s'élança, entoura de ses bras la tête de la lectrice et murmura en pleurant: