—Ah! pauvre mère! Puis elle l'embrassa. Alors la prisonnière, à son tour, colla la bouche sur l'oreille de la jeune fille, comme pour l'embrasser aussi, et lui dit:
—Marie, il y a un billet caché dans la bouche du poêle; ôtez-le.
—Allons, allons! dit le municipal en tirant brutalement la jeune fille à lui et en la séparant de sa mère. Aurez-vous bientôt fini de vous embrasser?
—Monsieur, dit la jeune fille, la Convention a-t-elle décrété que les enfants ne pourront plus embrasser leur mère?
—Non; mais elle a décrété qu'on punirait les traîtres, les aristocrates et les ci-devant, et c'est pourquoi nous sommes ici pour interroger. Voyons, Antoinette, réponds.
Celle qu'on interpellait aussi grossièrement ne daigna pas même regarder son interrogateur. Elle détourna la tête, au contraire, et une légère rougeur passa sur ses joues pâlies par la douleur et sillonnées par les larmes.
—Il est impossible, continua cet homme, que tu aies ignoré la tentative de cette nuit. D'où vient-elle? Même silence de la part de la prisonnière.
—Répondez, Antoinette, dit alors Santerre en s'approchant, sans remarquer le frisson d'horreur qui avait saisi la jeune femme à l'aspect de cet homme, qui, le 21 janvier au matin, était venu prendre au Temple Louis XVI pour le conduire à l'échafaud. Répondez. On a conspiré cette nuit contre la République et essayé de vous soustraire à la captivité que, en attendant la punition de vos crimes, vous inflige la volonté du peuple. Le saviez-vous, dites, que l'on conspirait?
Marie-Antoinette tressaillit au contact de cette voix qu'elle sembla fuir, en se reculant le plus qu'elle put sur sa chaise. Mais elle ne répondit pas plus à cette question qu'aux deux autres, pas plus à Santerre qu'au municipal.
—Vous ne voulez donc pas répondre? dit Santerre en frappant violemment du pied. La prisonnière prit sur la table un troisième volume.