—Et le petit, et le petit! cria un autre assistant; regarde-le donc, sera-t-il laid quand il éternuera dans le sac!

—Bah! c'est trop tôt fait, tu n'auras pas le temps de t'en apercevoir.

—Tiens, on redemandera sa tête à M. Sanson; on a le droit de la voir.

—Regarde donc comme il a un bel habit bleu tyran; c'est un peu agréable pour les pauvres quand on raccourcit les gens bien vêtus.

En effet, comme l'avait dit l'exécuteur à la reine, les pauvres héritaient des dépouilles de chaque victime, ces dépouilles étant portées à la Salpêtrière, aussitôt après l'exécution, pour être distribuées aux indigents: c'est là qu'avaient été envoyés les habits de la reine suppliciée.

Maurice écoutait tourbillonner ces paroles sans y prendre garde; chacun dans ce moment était préoccupé de quelque puissante pensée qui l'isolait; depuis quelques jours, son cœur ne battait plus qu'à certains moments et par secousses; de temps en temps, la crainte ou l'espérance semblait suspendre la marche de sa vie, et ces oscillations perpétuelles avaient comme brisé la sensibilité dans son cœur, pour y substituer l'atonie.

Les jurés rentrèrent en séance, et, comme on s'y attendait, le président prononça la condamnation des deux prévenus. On les emmena, ils sortirent d'un pas ferme; tout le monde mourait bien à cette époque. La voix de l'huissier retentit lugubre et sinistre.

—Le citoyen accusateur public contre la citoyenne Geneviève Dixmer. Maurice frissonna de tout son corps, et une sueur moite perla par tout son visage. La petite porte par laquelle entraient les accusés s'ouvrit, et Geneviève parut.

Elle était vêtue de blanc; ses cheveux étaient arrangés avec une charmante coquetterie, car elle les avait étagés et bouclés avec art, au lieu de les couper, ainsi que faisaient beaucoup de femmes.

Sans doute, jusqu'au dernier moment la pauvre Geneviève voulait paraître belle à celui qui pouvait la voir.