—Ce que j'avais à faire, monsieur, répondit Dixmer, je vais vous le dire; j'avais à sauver mon ami, qui soutenait avec moi une cause sacrée. De même que j'ai sacrifié mes biens à cette cause, je lui ai sacrifié mon honneur. Quant à moi, je me suis complètement oublié, complètement effacé. Je n'ai songé à moi qu'en dernier lieu. Maintenant, plus d'ami: mon ami est mort poignardé; maintenant, plus de reine: ma reine est morte sur l'échafaud; maintenant, eh bien, maintenant, je songe à ma vengeance.
—Dites à votre assassinat.
—On n'assassine pas une adultère en la frappant, on la punit.
—Cet adultère, vous le lui avez imposé, donc il était légitime.
—Vous croyez? fit Dixmer avec un sombre sourire. Demandez à ses remords si elle croit avoir agi légitimement.
—Celui qui punit frappe au jour; toi, tu ne punis pas, puisqu'en jetant sa tête à la guillotine, tu te caches.
—Moi, je fuis! moi, je me cache! et où vois-tu cela, pauvre cervelle que tu es? demanda Dixmer. Est-ce se cacher que d'assister à sa condamnation? Est-ce fuir que d'aller jusque dans la salle des Morts lui jeter son dernier adieu?
—Tu vas la revoir? s'écria Maurice, tu vas lui dire adieu?
—Allons, répondit Dixmer en haussant les épaules, décidément tu n'es pas expert en vengeance, citoyen Maurice. Ainsi, à ma place, tu serais satisfait en abandonnant les événements à leur seule force, les circonstances à leur seul entraînement; ainsi, par exemple, la femme adultère ayant mérité la mort, du moment où je la punis de mort, je suis quitte envers elle, ou plutôt elle est quitte envers moi. Non, citoyen Maurice, j'ai trouvé mieux que cela, moi: j'ai trouvé un moyen de rendre à cette femme tout le mal qu'elle m'a fait. Elle t'aime, elle va mourir loin de toi; elle me déteste, elle va me revoir. Tiens, ajouta-t-il en tirant un portefeuille de sa poche, vois-tu ce portefeuille? Il renferme une carte signée du greffier du Palais. Avec cette carte, je puis pénétrer près des condamnés; eh bien, je pénétrerai près de Geneviève et je l'appellerai adultère; je verrai tomber ses cheveux sous la main du bourreau, et, tandis que ses cheveux tomberont, elle entendra ma voix qui répétera: «Adultère!» Je l'accompagnerai jusqu'à la charrette, et, quand elle posera le pied sur l'échafaud, le dernier mot qu'elle entendra sera le mot adultère.
—Prends garde! elle n'aura pas la force de supporter tant de lâchetés, et elle te dénoncera.