—Ou ce soir.

—Pourquoi pas tout de suite?

—Parce que j'ai affaire jusqu'à cinq heures.

—Encore quelque hideux projet, dit Maurice; encore quelque guet-apens.

—Ah çà! monsieur Maurice, reprit Dixmer, vous êtes bien peu reconnaissant, en vérité. Comment! pendant six mois, je vous ai laissé filer le parfait amour avec ma femme; pendant six mois, j'ai respecté vos rendez-vous, laissé passer vos sourires. Jamais homme, convenez-en, n'a été si peu tigre que moi.

—C'est-à-dire que tu croyais que je pouvais t'être utile, et que tu me ménageais.

—Sans doute! répondit avec calme Dixmer, qui se dominait autant que s'emportait Maurice. Sans doute! tandis que vous trahissiez votre république et que vous me la vendiez pour un regard de ma femme; pendant que vous vous déshonoriez, vous par votre trahison, elle par son adultère, j'étais, moi, le sage et le héros. J'attendais et je triomphais.

—Horreur! dit Maurice.

—Oui! n'est-ce pas? vous appréciez votre conduite, monsieur. Elle est horrible! elle est infâme!

—Vous vous trompez, monsieur; la conduite que j'appelle horrible et infâme, c'est celle de l'homme à qui l'honneur d'une femme avait été confié, qui avait juré de garder cet honneur pur et intact, et qui, au lieu de tenir son serment, a fait de sa beauté l'amorce honteuse où il a pris le faible cœur. Vous aviez, avant toute chose, pour devoir sacré de protéger cette femme, monsieur, et, au lieu de la protéger, vous l'avez vendue.