Lorin serrait, en pleurant, son ami dans ses bras; c'étaient les premières larmes qu'il eût versées.
Chose étrange! tous ces malheureux assemblés, qui devaient mourir ensemble, regardaient à peine le touchant tableau que leur offraient ces malheureux, leurs semblables.
Chacun avait trop de ses propres émotions pour prendre une part des émotions des autres.
Les trois amis demeurèrent un moment unis dans une étreinte muette, ardente et presque joyeuse.
Lorin se détacha le premier du groupe douloureux.
—Tu es donc condamné aussi? dit-il à Maurice.
—Oui, répondit celui-ci.
—Oh! bonheur! murmura Geneviève. La joie des gens qui n'ont qu'une heure à vivre ne peut pas même durer autant que leur vie. Maurice, après avoir contemplé Geneviève avec cet amour ardent et profond qu'il avait dans le cœur, après l'avoir remerciée de cette parole à la fois si égoïste et si tendre qui venait de lui échapper, se tourna vers Lorin:
—Maintenant, dit-il tout en enfermant dans sa main les deux mains de Geneviève, causons.
—Ah! oui, causons, répondit Lorin; mais s'il nous en reste le temps, c'est bien juste. Que veux-tu me dire? Voyons.