—Tu as été arrêté à cause de moi, condamné à cause d'elle, n'ayant rien commis contre les lois; comme Geneviève et moi nous payons notre dette, il ne convient pas qu'on te fasse payer en même temps que nous.

—Je ne comprends pas.

—Lorin, tu es libre.

—Libre, moi? Tu es fou! dit Lorin.

—Non, je ne suis pas fou; je te répète que tu es libre, tiens, voici un laissez-passer. On te demandera qui tu es; tu es employé au greffe des Carmes; tu es venu parler au citoyen greffier du Palais; tu lui as, par curiosité, demandé un laissez-passer pour voir les condamnés; tu les as vus, tu es satisfait et tu t'en vas.

—C'est une plaisanterie, n'est-ce pas?

—Non pas, mon cher ami, voici la carte, profite de l'avantage. Tu n'es pas amoureux, toi; tu n'as pas besoin de mourir pour passer quelques minutes de plus avec la bien-aimée de ton cœur, et ne pas perdre une seconde de ton éternité.

—Eh bien! Maurice, dit Lorin, si l'on peut sortir d'ici, ce que je n'eusse jamais cru, je te jure, pourquoi ne fais-tu pas sauver madame d'abord? Quant à toi, nous aviserons.

—Impossible, dit Maurice avec un affreux serrement de cœur; tiens, tu vois, il y a sur la carte un citoyen, et non une citoyenne; et, d'ailleurs, Geneviève ne voudrait pas sortir en me laissant ici, vivre en sachant que je vais mourir.

—Eh bien, mais si elle ne le veut pas, pourquoi le voudrais-je, moi? Tu crois donc que j'ai moins de courage qu'une femme?