—Non, mon ami, je sais, au contraire, que tu es le plus brave des hommes; mais rien au monde ne saurait excuser ton entêtement en pareil cas. Allons, Lorin, profite du moment et donne-nous cette joie suprême de te savoir libre et heureux!
—Heureux! s'écria Lorin, est-ce que tu plaisantes? heureux sans vous?... Eh! que diable veux-tu que je fasse en ce monde, sans vous, à Paris, hors de mes habitudes? Ne plus vous voir, ne plus vous ennuyer de mes bouts-rimés? Ah! pardieu, non!
—Lorin, mon ami!...
—Justement, c'est parce que je suis ton ami que j'insiste; avec la perspective de vous retrouver tous deux, si j'étais prisonnier comme je le suis, je renverserais des murailles; mais, pour me sauver d'ici tout seul, pour m'en aller dans les rues le front courbé avec quelque chose comme un remords qui criera incessamment à mon oreille: «Maurice! Geneviève!»; pour passer dans certains quartiers et devant certaines maisons où j'ai vu vos personnes et où je ne verrai plus que vos ombres; pour en arriver enfin à exécrer ce cher Paris que j'aimais tant, ah! ma foi non, et je trouve qu'on a eu raison de proscrire les rois, ne fût-ce qu'à cause du roi Dagobert.
—Et en quoi le roi Dagobert a-t-il rapport à ce qui se passe entre nous?
—En quoi? Cet affreux tyran ne disait-il pas au grand Éloi: «Il n'est si bonne compagnie qu'il ne faille quitter?» Eh bien, moi je suis un républicain! et je dis: Rien ne doit nous faire quitter la bonne compagnie, même la guillotine; je me sens bien ici, et j'y reste.
—Pauvre ami! pauvre ami! dit Maurice.
Geneviève ne disait rien, mais elle le regardait avec des yeux baignés de larmes.
—Tu regrettes la vie, toi! dit Lorin.
—Oui, à cause d'elle!