[Le savetier Simon]
On était arrivé au commencement du mois de mai; un jour pur dilatait les poitrines lassées de respirer les brouillards glacés de l'hiver, et les rayons d'un soleil tiède et vivifiant descendaient sur la noire muraille du Temple.
Au guichet de l'intérieur, qui séparait la tour des jardins, riaient et fumaient les soldats du poste.
Mais malgré cette belle journée, malgré l'offre qui fut faite aux prisonnières de descendre et de se promener au jardin, les trois femmes refusèrent: depuis l'exécution de son mari, la reine se tenait obstinément dans sa chambre, pour n'avoir point à passer devant la porte de l'appartement qu'avait occupé le roi, au second étage.
Quand elle prenait l'air, par hasard, depuis cette fatale époque du 21 janvier, c'était sur le haut de la tour, dont on avait fermé les créneaux avec des jalousies.
Les gardes nationaux de service, qui étaient prévenus que les trois femmes avaient l'autorisation de sortir, attendirent donc vainement toute la journée qu'elles voulussent bien user de l'autorisation.
Vers cinq heures, un homme descendit et s'approcha du sergent commandant le poste.
—Ah! ah! c'est toi, père Tison! dit celui-ci qui paraissait un garde national de joyeuse humeur.
—Oui, c'est moi, citoyen; je t'apporte de la part du municipal Maurice Lindey, ton ami, qui est là-haut, cette permission accordée, par le conseil du Temple, à ma fille, de venir faire ce soir une petite visite à sa mère.
—Et tu sors au moment où ta fille va venir, père dénaturé? dit le sergent.