«Madame, votre mari est mort pour la France et pour moi. Ni la France ni moi ne pouvons vous rendre votre mari; mais souvenez-vous que si jamais vous aviez besoin de quelque chose, nous sommes tous deux vos débiteurs.
Votre affectionné,
Philippe d'Orléans.»
—Comment! s'écria Buvat en fixant ses gros yeux sur Clarice, monsieur du Rocher?... pas possible!
—Papa est mort? dit en s'approchant de sa mère la petite Bathilde, qui jouait dans un coin avec sa poupée. Maman, est-ce que c'est vrai que papa est mort?
—Hélas! hélas! oui, ma chère enfant, s'écria Clarice retrouvant tout à la fois les paroles et les larmes, oh! oui, c'est vrai! ce n'est que trop vrai! Oh!
Malheureuses que nous sommes!
—Madame, dit Buvat qui n'avait pas dans l'imagination de grandes ressources consolatrices, il ne faut pas vous désoler ainsi; c'est peut-être une fausse nouvelle.
—Ne voyez-vous pas que la lettre est du duc d'Orléans lui-même? s'écria la pauvre veuve. Oui, mon enfant, oui, ton père est mort. Pleure, pleure, ma fille! peut-être qu'en voyant tes larmes Dieu aura pitié de toi.
Et en disant ces paroles, la pauvre femme toussa si douloureusement, que Buvat en sentit sa propre poitrine comme déchirée: mais son effroi fut bien plus grand encore, lorsqu'il lui vit retirer plein de sang le mouchoir qu'elle avait approché de sa bouche. Alors il comprit que le malheur qui venait de lui arriver n'était peut-être pas le plus grand qui menaçât la petite Bathilde.