—Elle est morte! s'écria Buvat avec ce frisson que produit toujours sur celui qui l'entend ce mot terrible.

—Il y a trois quarts d'heure à peu près, répondit la portière; et elle se remit à remmailler son bas en reprenant sur un air bien gai une petite chanson qu'elle avait interrompue pour répondre à Buvat.

Buvat monta les marches de l'escalier lentement, une à une, s'arrêtant à chaque étage pour s'essuyer le front; puis, en arrivant sur le palier où étaient sa chambre et celle de Clarice, il fut obligé de s'appuyer au mur, car il sentait que les jambes lui manquaient. Il y a dans la vue d'un cadavre quelque chose de terrible et de solennel, dont l'homme le plus maître de lui-même subit l'impression. Aussi était-il là, muet, immobile, hésitant, lorsqu'il lui sembla entendre la voix de la petite Bathilde qui se lamentait. Il se souvint alors de la pauvre enfant, et cela lui rendit quelque courage. Cependant, arrivé à la porte, il s'arrêta encore, mais alors il entendit plus distinctement les gémissements de la petite fille.

—Maman! criait l'enfant de sa petite voix entrecoupée par les larmes; maman; réveille-toi donc! maman! pourquoi as-tu froid comme cela?

Puis l'enfant venait à la porte, et frappant avec sa petite main:

—Bon ami, disait-elle, bon ami, viens! je suis toute seule, j'ai peur!

Buvat ne comprenait pas qu'on n'eût pas emporté l'enfant quelque part, aussitôt que sa mère était morte, et la pitié profonde que lui inspira la pauvre petite l'emportant sur le sentiment pénible qui l'avait arrêté un instant, il porta la main à la serrure pour ouvrir la porte. La porte était fermée. En ce moment il entendit la portière qui l'appelait; il courut à l'escalier et lui demanda où était la clef.

—Eh bien! c'est justement cela, répondit la portière; regardez donc, que je suis bête! j'ai oublié de vous la donner en passant, moi!

Buvat descendit aussi vite qu'il put le faire.

—Et pourquoi cette clef se trouve-t-elle ici? demanda-t-il.