—Monsieur le chevalier, lui dit-il en la lui rendant, vous êtes un brave jeune homme; mais, croyez-en un vieux coureur d'académies et de tavernes, qui a fait, avant que vous ne fussiez né, les guerres de Flandre; quand vous étiez au berceau, celles d'Italie, et quand vous étiez aux pages, celles d'Espagne: changez de maître; laissez là Berthelot, qui vous a montré tout ce qu'il sait; prenez Bois-Robert, et je veux que le diable m'emporte si dans six mois vous ne m'en remontrez pas à moi-même!
—Merci de la leçon, monsieur dit Ravanne en tendant la main au capitaine, tandis que deux larmes, qu'il n'était point le maître de retenir, coulaient le long de ses joues; elle me profitera, je l'espère. Et, recevant son épée des mains du capitaine, il fit ce que celui-ci avait déjà fait, il la remit au fourreau.
Tous deux reportèrent alors les yeux sur leurs compagnons pour voir où en étaient les choses. Le combat était fini. Lafare était assis sur l'herbe, le dos appuyé à un arbre: il avait reçu un coup d'épée qui devait lui traverser la poitrine; mais heureusement, la pointe du fer avait rencontré une côte et avait glissé le long de l'os, de sorte que la blessure paraissait au premier abord plus grave qu'elle ne l'était en effet; il n'en était pas moins évanoui, tant la commotion avait été violente. D'Harmental, à genoux devant lui, épongeait le sang avec son mouchoir.
Fargy et Valef avaient fait coup fourré: l'un avait la cuisse traversée, l'autre le bras à jour. Tous deux se faisaient des excuses et se promettaient de n'en être que meilleurs amis à l'avenir.
—Tenez, jeune homme, dit le capitaine à Ravanne en lui montrant les différents épisodes du champ de bataille, regardez cela et méditez; voilà le sang de trois braves gentilshommes qui coule probablement pour une drôlesse!
—Ma foi! répondit Ravanne tout à fait calmé, je crois que vous avez raison, capitaine, et vous pourriez bien être le seul de nous tous qui ayez le sens commun.
En ce moment, Lafare ouvrit les yeux et reconnut d'Harmental dans l'homme qui lui portait secours.
—Chevalier, lui dit-il, voulez-vous suivre un conseil d'ami? Envoyez-moi une espèce de chirurgien que vous trouverez dans la voiture, et que j'ai amené à tout hasard; puis, gagnez Paris au plus vite, montrez-vous ce soir au bal de l'opéra, et si l'on vous demande de mes nouvelles, dites qu'il y a huit jours que vous ne m'avez vu. Quant à moi, vous pouvez être parfaitement tranquille, votre nom ne sortira point de ma bouche. Au reste, s'il vous arrivait quelque mauvaise discussion avec la connétable, faites-le-moi savoir au plus tôt, et nous nous arrangerions de manière que la chose n'eût pas de suite.
—Merci, monsieur le marquis, répondit d'Harmental; je vous quitte parce que je sais vous laisser en meilleures mains que les miennes; autrement, croyez-moi, rien n'aurait pu me séparer de vous avant que je vous visse couché dans votre lit.
—Bon voyage, mon cher Valef! dit Fargy, car je ne pense pas que ce soit cette égratignure qui vous empêche de partir. À votre retour, n'oubliez pas que vous avez un ami, place Louis-le-Grand, n° 14.