—Eh bien! demanda la palatine, quel rapport a cette histoire avec la peur que j'ai de vous voir assassiné?

—Quel rapport, ma mère? dit en riant le prince; c'est que si, pour un seul musicien qu'avait le consul Duilius, il lui arriva un pareil désappointement, jugez donc de ce qui m'arriverait à moi avec mon régiment de gardes!

—Ah! Philippe! Philippe! reprit la princesse en riant et en soupirant à la fois, traiterez-vous toujours si légèrement les choses sérieuses?

—Non point, ma mère, dit le régent, et la preuve, c'est que, comme je présume que vous n'êtes pas venue ici dans la seule intention de me faire de la morale sur mes courses nocturnes et que c'était pour me parler d'affaires, je suis prêt à vous écouter et à vous répondre sérieusement sur le sujet de votre visite.

—Oui, vous avez raison, dit la princesse, j'étais en effet venue pour autre chose; j'étais venue pour vous parler de mademoiselle de Chartres.

—Ah! oui, de votre favorite, ma mère; car, vous avez beau le nier, Louise est votre favorite. Ne serait-ce point parce qu'elle n'aime guère ses oncles que vous n'aimez pas du tout?

—Non, ce n'est point cela, quoique j'avoue qu'il m'est assez agréable de voir qu'elle est de mon avis sur la bonne opinion que j'ai des bâtards; mais c'est qu'à la beauté près qu'elle a et que je n'avais pas, elle est exactement ce que j'étais à son âge, ayant de vrais goûts de garçon, aimant les chiens, les chevaux et les cavalcades, maniant la poudre comme un artilleur, et faisant des fusées comme un artificier. Eh bien! devinez ce qui nous arrive avec elle!

—Elle veut s'engager dans les gardes françaises?

—Non pas elle veut se faire religieuse!

—Religieuse, Louise! Impossible, ma mère! C'est quelque plaisanterie de ses folles de sœurs.