—Non point, monsieur, reprit la palatine, il n'y a rien de plaisant dans tout cela, je vous jure.

—Et comment diable cette belle rage claustrale lui a-t-elle pris? demanda le régent commençant à croire à la vérité de ce que lui disait sa mère, habitué qu'il était à vivre dans une époque où les choses les plus extravagantes étaient toujours les plus probables.

—Comment cela lui a pris? continua Madame; demandez à Dieu ou au diable, car il n'y a que l'un où l'autre des deux qui le puisse savoir. Avant-hier, elle avait passé la journée avec sa sœur montant à cheval, tirant au pistolet, riant et se divertissant si fort, que jamais je ne l'avais vue dans une telle gaieté, quand le soir madame d'Orléans me fit prier de passer dans son cabinet. Là, je trouvai mademoiselle de Chartres qui était aux genoux de sa mère et qui la priait tout en larmes de la laisser aller faire ses dévotions à l'abbaye de Chelles. Sa mère se retourna alors de mon côté et me dit:

—Que pensez-vous de cette demande, Madame?

—Je pense, répondis-je, que l'on fait également bien ses dévotions partout, que le lieu n'y fait rien, et que tout dépend de l'épreuve et de la préparation. Mais en entendant mes paroles mademoiselle de Chartres redoubla de prières, et cela avec tant d'instances que je dis à sa mère: «Voyez, ma fille, c'est à vous de décider.—Dame! répondit la duchesse, on ne saurait cependant empêcher cette pauvre enfant de faire ses dévotions.—Qu'elle y aille donc, repris-je, et Dieu veuille qu'elle y aille dans cette intention!—Je vous jure, madame, dit alors mademoiselle de Chartres, que j'y vais bien pour Dieu seul et qu'aucune idée mondaine ne m'y conduit.» Alors elle nous embrassa, et hier matin à sept heures elle est partie.

—Eh bien! je sais tout cela, puisque c'est moi qui devais l'y conduire, répondit le régent. Il est donc arrivé quelque chose depuis?

—Il est arrivé, reprit madame, qu'elle a renvoyé hier soir la voiture en chargeant le cocher de nous remettre une lettre adressée à vous, à sa mère et à moi dans laquelle elle nous déclare que, trouvant dans ce cloître la tranquillité et la paix qu'elle n'espérait pas rencontrer dans le monde, elle n'en veut plus sortir.

—Et que dit sa mère de cette belle résolution? demanda le régent en prenant la lettre.

—Sa mère? reprit Madame, sa mère en est fort contente, je crois, si vous voulez que je vous dise mon opinion; car elle aime les couvents, et elle regarde comme un grand bonheur pour sa fille de se faire religieuse; mais moi, je dis qu'il n'y a pas de bonheur là où il n'y a pas de vocation.

Le régent lut et relut la lettre comme pour deviner, dans cette simple manifestation du désir exprimé par mademoiselle de Chartres de rester à Chelles, les causes secrètes qui avaient fait naître ce désir; puis après un instant de méditation aussi profonde que s'il se fût agi du sort d'un empire: