—Il y a là-dessous quelque dépit d'amour, dit-il. Est-ce qu'à votre connaissance, ma mère, Louise aimerait quelqu'un?

Madame raconta alors au régent l'aventure de l'Opéra, et l'exclamation échappée de la bouche de la princesse dans son enthousiasme pour le beau ténor.

—Diable! diable! dit le régent. Et qu'avez-vous fait la duchesse d'Orléans et vous, dans votre conseil maternel?

—Nous avons mis Cauchereau à la porte, et interdit l'opéra à mademoiselle de Chartres. Nous ne pouvions pas faire moins.

—Eh bien! reprit le régent, il n'y a pas besoin d'aller chercher plus loin: tout est là; il faut la guérir au plus tôt de cette fantaisie.

—Et qu'allez-vous faire pour cela, mon fils?

—J'irai aujourd'hui même à l'abbaye de Chelles, j'interrogerai Louise; si la chose n'est qu'un caprice, je laisserai au caprice le temps de se passer. Elle a un an pour faire ses vœux; j'aurai l'air d'adopter sa vocation, et au moment de prendre le voile, c'est elle qui viendra nous prier la première de la tirer de l'embarras où elle se sera mise. Si la chose est grave, au contraire, alors ce sera bien différent.

—Mon Dieu! mon fils, dit Madame en se levant, songez que le pauvre Cauchereau n'est probablement pour rien là dedans, et qu'il ignore peut-être lui-même la passion qu'il a inspirée.

—Tranquillisez-vous, ma mère, répondit le prince en riant de l'interprétation tragique qu'avec ses idées d'outre-Rhin la palatine avait donnée à ces paroles; je ne renouvellerai pas la lamentable histoire des amants du Paraclet; la voix de Cauchereau ne perdra ni ne gagnera une seule note dans toute cette aventure, et l'on ne traite pas une princesse du sang par les mêmes moyens qu'une petite bourgeoise.

—Mais d'un autre côté, dit Madame presque aussi effrayée de l'indulgence réelle du duc qu'elle l'avait été de sa sévérité apparente, pas de faiblesse non plus!