—Hélas! dit la duchesse, vous le voyez, mon cher chancelier, je suis comme le corbeau de la fable, qui veut imiter l'aigle et enlever un mouton.

J'ai les pieds pris dans mon impromptu et je ne peux plus m'en dépêtrer.

—Alors, répondit Malezieux, permets-nous de maudire pour la première fois les lois que tu nous as imposées. Mais tu nous as habitués au son de ta voix et au charme de ton esprit, belle princesse, si bien que nous ne pouvons plus nous en passer.

Chaque mot qui sort de ta bouche
Nous surprend, nous ravit, nous touche.
Il a mille agréments divers.
Pardonne, princesse, si j'ose
Faire le procès à ta prose,
Qui nous a privé de tes vers.

—Mon cher Malezieux, s'écria la duchesse, je prends l'impromptu à mon compte. Me voilà quitte envers la société, il n'y a plus que vous à qui je dois un baiser.

—Bravo! s'écrièrent tous les convives.

—Ainsi, à partir de ce moment, messieurs, plus de conversations particulières, plus de chuchotement individuel, chacun se doit à tous. Allons, mon Apollon, continua la duchesse en se tournant vers Saint-Aulaire, qui parlait bas à madame de Rohan près de laquelle il était placé, nous commençons notre inquisition par vous; dites-nous tout haut le secret que vous disiez tout bas à votre belle voisine.

Il paraît que le secret n'était pas de nature à être répété tout haut, car madame de Rohan rougit jusqu'au blanc des yeux, et fit signe à Saint-Aulaire de garder le silence; celui-ci la rassura d'un geste, puis se tournant vers la duchesse, à laquelle il devait un madrigal:

—Madame, lui dit-il, répondant à son ordre et s'acquittant en même temps de l'obligation imposée par la loterie:

La divinité qui s'amuse
À me demander mon secret,
Si j'étais Apollon, ne serait pas ma muse,
Elle serait Thétis et le jour finirait!