Ce madrigal, qui devait cinq ans plus tard conduire Saint-Aulaire à l'Académie, eut un tel succès que pendant quelques instants personne n'osa se hasarder à venir après lui. Il en résulta après les applaudissements obligés un silence d'un instant. La duchesse le rompit la première en reprochant à Laval de ne pas manger.
—Vous oubliez ma mâchoire, dit Laval en montrant sa mentonnière.
—Nous, oublier votre blessure! reprit madame du Maine, une blessure reçue pour la défense du pays et au service de notre illustre père Louis XIV! Vous vous méprenez, mon cher Laval, c'est le régent qui l'oublie et non pas nous.
—En tout cas, dit Malezieux, il me semble, mon cher comte, qu'une blessure si bien placée est plutôt un motif de fierté que de tristesse.
Mars t'a frappé de son tonnerre
En mille aventures de guerre
Dignes du grand nom de Laval.
Il te reste un gosier pour boire,
Cher ami, c'est le principal,
Console-toi de la mâchoire.
—Oui, dit le cardinal de Polignac, mais si le temps qu'il fait continue, mon cher Malezieux, le gosier de Laval court grand risque de ne pas boire du vin cette année.
—Comment cela? demanda Chaulieu avec inquiétude.
—Comment cela, mon cher Anacréon? ignorez-vous donc ce qui arrive au ciel?
—Hélas! dit Chaulieu en se tournant vers la duchesse, Votre Éminence sait bien que je n'y vois plus même assez pour y distinguer les étoiles; mais n'importe, pour ne pas y voir, je n'en suis que plus inquiet de ce qui s'y passe.
—Il s'y passe que mes vignerons m'écrivent de Bourgogne que tout est brûlé par le soleil, et que la récolte prochaine est perdue si d'ici à quelques jours nous n'avons de la pluie.