—Au roi Louis XV, madame, dit Valef.

—Bon, bon, dit la duchesse, nous la ferons mettre sous les yeux de Sa Majesté par le maréchal de Villeroy. Voyons ce qu'il dit; et elle lut aussi rapidement que le lui permettait la difficulté de l'écriture:

«L'Escurial, 16 mars 1718.

Depuis que la Providence m'a placé sur le trône d'Espagne, je n'ai pas perdu de vue pendant un seul instant les obligations de ma naissance: Louis XIV, d'éternelle mémoire, est toujours présent à mon esprit. Il me semble toujours entendre ce grand prince au moment de notre séparation me dire en m'embrassant: Il n'y a plus de Pyrénées! Votre Majesté est le seul rejeton de mon frère aîné, dont je ressens tous les jours la perte: Dieu vous a appelé à la succession de cette grande monarchie, dont la gloire et les intérêts me seront précieux jusqu'à la mort. Enfin, je vous porte au fond de mon cœur, et je n'oublierai jamais, pour rien au monde, ce que je dois à Votre Majesté, à ma patrie et à la mémoire de mon aïeul.

Mes chers Espagnols, qui m'aiment avec tendresse et qui sont bien assurés de celle que j'ai pour eux, ne sont point jaloux des sentiments que je vous témoigne, et sentent bien que notre union est la base de la tranquillité publique. Je me flatte que mes intérêts personnels sont encore chers à une nation qui m'a nourri dans son sein, et que cette généreuse noblesse qui a versé tant de sang pour les soutenir regardera toujours avec amour un roi qui se glorifie de lui avoir obligation et d'être né au milieu d'elle.».

—Ceci s'adresse à vous, messieurs, dit madame la duchesse du Maine, s'interrompant et saluant gracieusement de la main et du regard ceux qui l'entouraient, puis elle continua, impatiente qu'elle était de connaître le reste de l'épître:

«De quel œil donc vos fidèles sujets peuvent-ils regarder le traité qui se signe contre moi, ou pour mieux dire contre vous-même? Depuis le temps que vos finances épuisées ne peuvent fournir aux dépenses courantes de la paix, on veut que Votre Majesté s'unisse à mon plus mortel ennemi et me fasse la guerre si je ne consens à livrer la Sicile à l'archiduc.

Je ne souscrirai jamais à ces conditions, elles me sont insupportables.

Je n'entre pas dans les conséquences funestes de cette alliance: je me renferme à prier instamment Votre Majesté de convoquer incessamment les états généraux de son royaume, pour délibérer sur une affaire de si grande conséquence.»

—Les états généraux! murmura le cardinal de Polignac.