—D'abord, dit Richelieu, moi je réponds de mon régiment, qui est à Bayonne, et qui par conséquent se trouve en mesure de nous rendre de grands services.
—Oui, dit Cellamare, et nous comptons bien dessus, mais j'ai entendu dire qu'il était question de le changer de garnison.
—Sérieusement?
—On ne peut plus sérieusement. Vous comprenez, duc, qu'il faut aller au devant de cette mesure.
—Comment donc! à l'instant même. Du papier... de l'encre.... Je vais écrire au duc de Berwick. Au moment d'entrer en campagne, on ne s'étonnera point que je sollicite pour lui la faveur de ne point s'éloigner du théâtre de la guerre.
La duchesse du Maine se hâta de passer elle-même à Richelieu ce qu'il demandait, et prenant une plume, elle la lui présenta.
Le duc s'inclina, prit la plume et écrivit la lettre suivante, que nous copions textuellement et sans y changer une syllabe:
«Monsieur le duc de Berwick, pair et maréchal de France.
Comme mon régiment, monsieur, est des plus à portée de marcher, et qu'il est après à faire un habillement, qu'il perdrait totalement si, avant qu'il fût achevé, il était obligé de faire quelque mouvement.
J'ai l'honneur de vous supplier, monsieur, de vouloir bien le laisser à Bayonne jusqu commencement de mai que l'habilement sera fait, et je vous supplie de me croire, avec toute la considération possible, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.