—Eh bien! continua Malezieux, mon avis serait de recourir tout simplement, comme je l'avais proposé d'abord, à un copiste intelligent, discret et sûr, à qui on donnerait assez d'argent pour acheter son silence.
—Oh! de cette façon, ce serait bien plus sûr, s'écria monsieur de Polignac.
—Oui, mais où trouver un pareil homme? dit le prince; vous comprenez que, pour une affaire de cette importance, il serait dangereux de prendre le premier venu.
—Si j'osais... dit l'abbé Brigaud.
—Osez, l'abbé, osez, dit la duchesse du Maine.
—Je dirais, continua l'abbé, que j'ai votre affaire sous la main.
—Eh bien! quand je vous le disais, s'écria Pompadour, que l'abbé est un homme précieux.
—Mais véritablement ce qu'il nous faut? demanda Polignac.
—Oh! Votre Éminence le ferait faire exprès qu'elle ne trouverait pas mieux. Une véritable machine, qui écrira tout sans rien lire.
—Puis, pour plus grande précaution, dit le prince, nous pourrions rédiger en espagnol les pièces les plus importantes, et comme ces pièces sont spécialement destinées à Sa Majesté Catholique, nous aurions le double avantage de procéder dans une langue inconnue à notre copiste, et comme naturellement cela lui donnera un peu plus de mal, ce sera une occasion de le payer plus cher, sans qu'il se doute lui-même de l'importance de ce qu'il copie.