—Il s'agit de nos requêtes, de nos protestations, de nos mémoires; il a été convenu, vous le savez, que nous ferions imprimer toutes ces pièces par des ouvriers qui ne sauraient pas lire.
—Après?
—Eh bien! j'ai acheté une presse, je l'ai établie dans la cave d'une maison, derrière le Val-de-Grâce. J'ai enrôlé les ouvriers nécessaires, et nous avons eu jusqu'à présent, comme Votre Altesse a pu le voir, un résultat satisfaisant. Mais ne voilà-t-il pas que le bruit de la machine a fait croire aux voisins que nos gens fabriquaient de la fausse monnaie, et qu'hier une descente de la police a eu lieu dans la maison. Heureusement, on a eu le temps d'arrêter le travail et de rouler un lit sur la trappe, de sorte que les alguazils de Voyer d'Argenson n'y ont rien vu. Mais comme pareille visite pourrait se renouveler et ne pas tourner si heureusement; aussitôt leur départ j'ai congédié les ouvriers, enterré la presse, et fait porter chez moi toutes les épreuves.
—Et vous avez bien fait, comte! s'écria le cardinal de Polignac.
—Oui, mais maintenant comment allons-nous faire? demanda madame du Maine.
—Transportons la presse chez moi, dit Pompadour.
—Ou chez moi, dit Valef.
—Non, non, dit Malezieux, une presse est un moyen trop dangereux, un homme de la police peut se glisser parmi les ouvriers et tout perdre.
D'ailleurs, nous devons avoir bien peu de choses à imprimer maintenant.
—Oui, dit Laval, le plus fort est fait.