Restée seule, Bathilde tomba sur une chaise; elle s'était mise elle-même dans une impasse dont il lui devenait impossible de sortir. Il lui fallait ordonner à Nanette d'ouvrir la fenêtre; elle ne le voulait pas; il lui fallait ouvrir la fenêtre elle-même: elle ne le pouvait pas.
Il lui fallait donc attendre; mais jusqu'à quand? Attendre jusqu'au lendemain, jusqu'au surlendemain peut-être et jusque-là qu'allait penser Raoul? Raoul ne s'impatienterait-il pas de cette sévérité exagérée? Si Raoul allait quitter cette chambre de nouveau pour quinze jours, pour un mois, pour six semaines... pour toujours... peut-être.... Bathilde mourrait. Bathilde ne pouvait plus se passer de Raoul.
Deux heures s'écoulèrent ainsi, deux siècles! Bathilde essaya de tout: elle se mit à sa broderie, à son clavecin, à ses pastels; elle ne put rien faire. Nanette entra alors, et un peu d'espoir lui revint. Mais Nanette ne fit qu'entrouvrir la porte: elle venait demander la permission de faire une course indispensable. Bathilde lui fit signe de la main qu'elle pouvait s'en aller.
Nanette allait dans le faubourg Saint-Antoine: son absence devait donc durer deux heures au moins. Que faire pendant ces deux heures? Il eût été si doux de les passer à la fenêtre: il faisait un si beau soleil, à en juger du moins par les rayons qui pénétraient à travers les rideaux. Bathilde s'assit, tira sa lettre de son corset; elle la savait par cœur, mais n'importe, elle la relut. Comment, en recevant une pareille lettre, ne s'était-elle pas rendue à l'instant même? Elle était si tendre, si passionnée; on sentait si bien que celui qui l'avait écrite l'avait écrite avec les paroles de son cœur. Oh! si elle pouvait seulement recevoir une seconde lettre.
C'était une idée. Bathilde jeta les yeux sur Mirza, Mirza la gentille messagère! elle la prit dans ses bras, baisa tendrement sa petite tête fine et spirituelle; puis, toute tremblante, la pauvre enfant, comme si elle commettait un crime, alla ouvrir la porte du carré.
Un jeune homme était debout devant cette porte, allongeant la main vers la sonnette.
Bathilde jeta un cri de joie, et le jeune homme un cri d'amour.
Ce jeune homme, c'était Raoul