Quand d'Harmental était près de Bathilde, le temps ne marchait plus, il volait. Il croyait donc être monté chez la jeune fille depuis quelques minutes à peine, lorsqu'une heure et demie sonna. Raoul se rappela qu'à deux heures Roquefinette devait être chez lui pour arrêter les nouvelles bases de son nouveau traité. Il se leva. Bathilde pâlit; d'Harmental comprit tout ce qui se passait en elle, et lui promit de venir après le départ de la personne qu'il attendait, et pour laquelle il était forcé de la quitter. Cette promesse tranquillisa quelque peu la pauvre enfant, qui essaya de sourire en voyant quelle impression profonde sa tristesse faisait sur Raoul. Au reste, les serments de la veille avaient été renouvelés vingt fois, et vingt fois les jeunes gens s'étaient jurés d'être l'un à l'autre. Ils se quittaient donc tristes mais confiants en eux-mêmes et sûrs de leurs cœurs. D'ailleurs, comme nous l'avons dit, ils croyaient ne se quitter que pour une heure.

Le chevalier était depuis quelques instants à peine à sa fenêtre, lorsqu'il vit paraître au coin de la rue Montmartre le capitaine Roquefinette. Il était monté sur un cheval gris pommelé, évidemment choisi par un connaisseur, et propre à la fois à la course et à la fatigue. Il s'avançait au pas, comme un homme à qui il est également indifférent qu'on le regarde ou qu'on le laisse passer inaperçu. Seulement, à cause sans doute des mouvements du cheval, son chapeau avait pris une inclinaison moyenne qui n'eût rien laissé soupçonner, même à ses plus intimes, sur la situation secrète de ses finances.

Arrivé à la porte, Roquefinette descendit en trois temps avec la même précision qu'il eût mise à accomplir ce mouvement dans un manège. Il attacha son cheval au volet de la maison, s'assura que les fontes étaient garnies de leurs pistolets, et disparut dans l'allée; un instant après, d'Harmental l'entendit monter d'un pas égal, puis enfin la porte s'ouvrit et le capitaine parut.

Comme la veille sa figure était grave et pensive. Ses yeux fixes et ses lèvres serrées indiquaient une résolution arrêtée, et d'Harmental l'accueillit avec un sourire sans que ce sourire eut le pouvoir de rien éveiller de correspondant sur sa physionomie.

—Allons mon très cher capitaine, dit d'Harmental en résumant d'un coup d'œil rapide ces différents signes qui, chez un homme comme Roquefinette, ne laissaient pas de lui inspirer quelque inquiétude, je vois que vous êtes toujours l'exactitude en personne.

—C'est une habitude militaire, chevalier; et cela n'a rien d'étonnant chez un vieux soldat.

—Aussi n'avais-je point douté de vous; mais vous pouviez ne pas rencontrer vos hommes.

—Je vous avais dit que je savais où les trouver.

—Et ils sont à leur poste?

—Ils y sont.