—Où cela?

—Au marché aux chevaux de la porte Saint-Martin.

—Et n'avez-vous pas peur qu'on les remarque?

—Comment voulez-vous qu'au milieu de trois cents paysans qui vendent ou qui marchandent des chevaux, on reconnaisse douze ou quinze hommes vêtus comme les autres paysans? C'est, comme on dit, une aiguille dans une botte de foin, et il n'y a que moi qui puisse retrouver l'aiguille.

—Mais, comment ces hommes peuvent-ils vous accompagner, capitaine?

—C'est la chose du monde la plus simple. Chacun d'eux a marchandé le cheval qui lui convient; chacun d'eux en a offert un prix auquel le vendeur a répondu par un autre. J'arrive, je donne à chacun vingt-cinq ou trente louis; chacun paie son cheval, le fait seller, monte dessus, glisse dans ses fontes les pistolets qu'il a à sa ceinture, tire par un bout différent, et, à cinq heures se trouve au bois de Vincennes, à un endroit donné. Là seulement je lui explique pour quelle cause il est convoqué; je fais une nouvelle distribution d'argent, je me mets à la tête de mon escadron, et nous faisons le coup, en supposant que nous tombions d'accord sur les conditions.

—Eh bien! ces conditions, capitaine, dit d'Harmental, nous allons les discuter comme deux braves compagnons, et je crois avoir pris d'avance toutes mes mesures pour que vous soyez content de celles que je puis vous offrir.

—Voyons-les, dit Roquefinette en s'asseyant devant la table, en y appuyant ses coudes, en posant son menton sur ses deux poings, et en regardant d'Harmental qui était debout devant lui, le dos tourné à la cheminée.

—D'abord, je double la somme que vous avez touchée la dernière fois, dit le chevalier.

—Ah! dit Roquefinette, je ne tiens pas à l'argent.