—Si, si.... Au contraire.

—Allons, voilà que vous pleurez.... Mais vous voyez bien que je vais mieux.

Voulez-vous donc me faire mourir de chagrin?

—Moi, je pleure, dit Buvat, en se tamponnant les yeux avec son mouchoir; moi, je pleure? alors si je pleure, c'est de joie. Oui, j'y vais, mon enfant, à mon bureau, j'y vais.

Et Buvat, après avoir embrassé Bathilde, remonta chez lui, car il ne voulait pas dire à la pauvre enfant qu'il avait perdu sa place, et la jeune fille se retrouva seule.

Alors elle respira plus librement: maintenant elle était tranquille; Boniface, en sa qualité de clerc d'un procureur au Châtelet, était à même de savoir tout ce qui se passait, et Bathilde était sûre que Boniface lui dirait tout. En effet, à partir du lendemain, elle sut que Raoul avait été interrogé et qu'il avait tout pris sur son compte; puis le jour suivant elle apprit qu'il avait été confronté avec Valef, Laval et Pompadour, mais que cette confrontation n'avait rien amené. Enfin, fidèle à sa promesse, Boniface chaque soir lui apportait les nouvelles de la journée, et chaque soir Bathilde, à ce récit, quelque alarmant qu'il fût, se sentait reprendre de nouvelles forces. Quinze jours se passèrent ainsi. Au bout de quinze jours, Bathilde commençait à se lever et à marcher dans la chambre, à la grande joie de Buvat, de Nanette, et de toute la famille Denis.

Un jour, Boniface, contre son habitude revint à trois heures de chez Me Joullu, et entra dans la chambre de la malade: le pauvre garçon était si pâle et si défait que Bathilde comprit qu'il apportait quelque terrible nouvelle, et, jetant un cri, se leva tout debout et les yeux fixés sur lui.

—Tout est donc fini? dit-elle.

—Hélas! répondit Boniface, c'est sa faute aussi à cet entêté-là. On lui offrait sa grâce comprenez-vous, mademoiselle Bathilde, sa grâce s'il voulait, et il n'a rien voulu dire.

—Ainsi, s'écria Bathilde, ainsi, plus d'espoir; il est condamné?