—Ô mon Dieu! s'écria la pauvre femme toute tremblante, est-ce bien vous, notre demoiselle, ou bien n'est-ce que votre ombre?

—C'est moi, Nanette, moi-même, touche-moi plutôt en m'embrassant. Dieu merci! je ne suis pas morte encore.

—Et pourquoi avez-vous quitté la maison des Denis? Est-ce qu'ils vous auraient dit quelque chose qui n'était point à dire?

—Non ma bonne Nanette non, mais il faut que je fasse une course nécessaire, indispensable.

—Vous, sortir dans l'état où vous êtes, jamais! Ce serait vous tuer que de le souffrir. Monsieur Buvat! monsieur Buvat! voilà notre demoiselle qui veut sortir! Venez donc lui dire que cela ne se peut pas.

Bathilde se retourna vers Buvat, avec l'intention d'employer son ascendant sur lui s'il tentait de l'arrêter, mais elle lui vit une figure si bouleversée, qu'elle ne se douta point qu'il ne sût la fatale nouvelle. De son côté, Buvat en l'apercevant, fondit en larmes.

—Mon père, dit Bathilde, ce qui a été fait jusqu'aujourd'hui est l'ouvrage des hommes, mais l'œuvre des hommes est finie, et ce qui reste à faire appartient à Dieu. Mon père, Dieu aura pitié de nous.

—Oh! s'écria Buvat en tombant sur un fauteuil, c'est moi qui l'ai tué! c'est moi qui l'ai tué! c'est moi qui l'ai tué!

Bathilde alla gravement à lui et l'embrassa au front.

—Mais que vas-tu faire, mon enfant? demanda Buvat.