[Chapitre 47]

La voiture s'arrêta à l'endroit indiqué; le cocher vint ouvrir la portière, et le duc descendit et aida Bathilde à descendre, puis, tirant une clef de sa poche, il ouvrit la porte de l'allée de la maison qui faisait l'angle de la rue de Richelieu et de la rue Saint-Honoré, et qui porte aujourd'hui le n° 218.

—Je vous demande pardon mademoiselle, dit le duc en offrant le bras à la jeune fille, de vous conduire par des escaliers si mal éclairés, mais je tiens beaucoup à ne pas être reconnu si par hasard on me rencontrait dans ce quartier-ci. Au reste, nous n'avons pas haut à monter: il ne s'agit que d'atteindre le premier étage.

En effet, après avoir monté une vingtaine de marches, le duc s'arrêta, tira une seconde clef de sa poche, ouvrit la porte du palier avec le même mystère qu'il avait ouvert celle de la rue, et étant entré dans l'antichambre et y avant pris une bougie, il revint l'allumer à la lanterne qui brûlait dans l'escalier.

—Encore une fois, pardon, mademoiselle, dit le duc; mais ici, j'ai l'habitude de me servir moi-même, et vous allez comprendre tout à l'heure pourquoi, dans cet appartement, j'ai pris le parti de me passer de laquais.

Peu importait à Bathilde que le duc de Richelieu eût ou n'eût pas de domestique: elle entra donc dans l'antichambre sans lui répondre, et le duc referma la porte à double tour derrière elle.

—Maintenant, suivez-moi, dit le duc, et il marcha devant la jeune fille, l'éclairant avec la bougie qu'il tenait à la main.

Ils traversèrent ainsi une salle à manger et un salon; enfin, ils entrèrent dans une chambre à coucher, et le duc s'arrêta.

—Mademoiselle, dit Richelieu en posant la bougie sur la cheminée, j'ai votre parole que rien de ce que vous allez voir ne sera jamais révélé?