—Je vous l'ai déjà donnée, monsieur le duc, et je vous la renouvelle. Oh! je serais trop ingrate si j'y manquais.
—Eh bien donc, soyez en tiers dans notre secret; c'est celui de l'amour, nous le mettons sous la sauvegarde de l'amour.
Et le duc de Richelieu, faisant glisser un panneau de la boiserie, découvrit une ouverture pratiquée dans la muraille au delà de l'épaisseur de laquelle se trouvait le fond d'une armoire, et il y frappa doucement trois coups. Au bout d'un instant, on entendit tourner la clef dans la serrure; puis on vit briller une lumière entre les planches, puis une douce voix demanda: «Est-ce vous?» puis enfin, sur la réponse affirmative du duc, trois de ces planches se détachèrent doucement, ouvrirent une communication facile d'une chambre à l'autre, et le duc de Richelieu et Bathilde se trouvèrent en face de mademoiselle de Valois, qui jeta un cri en voyant son amant accompagné d'une femme.
—Ne craignez rien, chère Aglaé, dit le duc en passant de la chambre où il était dans la chambre voisine, et en saisissant la main de mademoiselle de Valois, tandis que Bathilde demeurait immobile à sa place n'osant faire un pas de plus avant que sa présence fût expliquée. Vous me remercierez vous même tout à l'heure d'avoir trahi le secret de notre bienheureuse armoire.
—Mais, monsieur le duc, m'expliquerez-vous...? demanda mademoiselle de Valois, en faisant une pause après ces paroles interrogatives et en regardant toujours Bathilde avec inquiétude.
—À l'instant même, ma belle princesse. Vous m'avez quelquefois entendu parler du chevalier d'Harmental, n'est-ce pas?
—Avant-hier encore, duc, vous me disiez qu'il n'aurait qu'un mot à prononcer pour sauver sa vie en vous compromettant tous, mais que ce mot, il ne le dirait pas.
—Eh bien! il ne l'a pas dit, et il est condamné à mort: on l'exécute demain. Cette jeune fille l'aime; et sa grâce dépend du régent. Comprenez-vous maintenant?
—Oh! oui, oui, dit mademoiselle de Valois.
—Venez, mademoiselle, dit le duc de Richelieu à Bathilde, en l'attirant par la main; puis se retournant vers la princesse:—Elle ne savait comment arriver jusqu'à votre père, ma chère Aglaé; elle s'est adressée à moi, juste au moment où je venais de recevoir votre lettre. J'avais à vous remercier du bon avis que vous me donniez, et, comme je connais votre cœur, j'ai pensé que le remerciement auquel vous seriez le plus sensible serait de vous offrir l'occasion de sauver la vie à un homme au silence duquel vous devez probablement la mienne.