—Tenez, prince, dit la duchesse, vous avez des pouvoirs plus étendus que vous ne voulez l'avouer.
—Non; mes pouvoirs se bornent à vous dire que la citadelle de Tolède et la forteresse de Saragosse sont à votre service. Trouvez le moyen d'y faire entrer le régent, et Leurs Majestés Catholiques fermeront si bien la porte sur lui qu'il n'en sortira plus, je vous en réponds.
—C'est impossible, dit monsieur de Polignac.
—Impossible! et pourquoi? s'écria d'Harmental. Rien de plus simple, au contraire, surtout avec la vie que mène monsieur le régent. Que faut-il pour cela? Huit ou dix hommes de cœur, une voiture bien fermée, et des relais jusqu'à Bayonne.
—J'ai déjà offert de m'en charger, dit Laval.
—Et moi aussi, dit Pompadour.
—Vous ne pouvez, vous, dit la duchesse, si la chose échouait, le régent, qui vous connaît, saurait à qui il a eu affaire, et vous seriez perdus.
—C'est fâcheux, dit froidement Cellamare, car, arrivé à Tolède ou à Saragosse il y a la grandesse pour celui qui aura réussi.
—Et le cordon bleu, ajouta madame du Maine, à son retour à Paris.
—Oh! silence, je vous en supplie, madame, dit d'Harmental, car si Votre Altesse dit de pareilles choses, le dévouement prendra un air d'ambition qui lui ôtera tout son mérite. J'allais m'offrir pour tenter l'entreprise, moi que le régent ne connaît pas, mais voilà que j'hésite maintenant. Et cependant, j'oserais dire que je me crois digne de la confiance de Votre Altesse, et capable de la justifier.