—Comment, chevalier! s'écria la duchesse, vous risqueriez?...

—Ma vie. C'est tout ce que je puis risquer. Je croyais que je l'avais déjà offerte à Votre Altesse et que Votre Altesse l'avait acceptée. M'étais-je trompé?

—Non, non, chevalier, dit vivement la duchesse, et vous êtes un brave et loyal gentilhomme. Il y a des pressentiments, je l'ai toujours cru, et du moment où Valef a prononcé votre nom en me disant que vous étiez tel que vous êtes, j'ai eu l'idée que tout nous viendrait de vous. Messieurs, vous entendez ce que dit le chevalier. En quoi pouvez-vous l'aider, voyons?

—En tout ce qu'il voudra, dirent Laval et Pompadour.

—Les coffres de Leurs Majestés Catholiques sont à sa disposition, dit le prince de Cellamare, et il y peut puiser à pleines mains.

—Merci, messieurs, dit d'Harmental en se tournant vers le comte de Laval et vers le marquis de Pompadour; vous ne feriez, connus comme vous l'êtes, que rendre l'entreprise plus difficile. Occupez-vous seulement de me procurer un passeport pour l'Espagne, comme si j'étais chargé d'y conduire quelque prisonnier d'importance. Cela doit être facile.

—Je m'en charge, dit l'abbé Brigaud, j'aurai chez monsieur d'Argenson une feuille toute préparée qu'il n'y aura plus qu'à remplir.

—Voyez ce cher Brigaud, dit Pompadour, il ne parle pas souvent, mais il parle bien.

—C'est lui qui devrait être cardinal, dit la duchesse bien plutôt que certains grands seigneurs que je connais; mais une fois que nous disposerons du bleu et du rouge, soyez tranquilles, messieurs, nous n'en serons point avares. Maintenant, chevalier, vous avez entendu ce que vous a dit le prince: si vous avez besoin d'argent....

—Malheureusement, répondit d'Harmental, je ne suis point assez riche pour refuser l'offre de Son Excellence, et, lorsque je serai arrivé à la fin d'un millier de pistoles peut-être que j'ai chez moi, il faudra bien que j'aie recours à vous.