—Oh! ce n'est pas une rage, reprit la Fillon, c'est un caprice d'un vieil ami à qui je suis toute dévouée.
—Quand il a de l'argent, bien entendu.
—Eh bien! voilà ce qui vous trompe. Je lui fais crédit jusqu'à une certaine somme. Que voulez-vous, c'est une faiblesse, mais il faut bien être reconnaissante. C'est lui qui m'a lancée dans le monde, car, telle que vous me voyez, monsieur le chevalier, moi qui ai eu ce qu'il y a de mieux à Paris; à commencer par monsieur le régent, je suis fille d'un pauvre porteur de chaise. Oh! je ne suis pas comme la plupart de vos belles duchesses qui renient leur origine, et comme les trois quarts de vos ducs et pairs qui se font fabriquer des généalogies. Non, ce que je suis, je le dois à mon mérite, et j'en suis fière.
—Alors, dit le chevalier, qui avait peu de curiosité, dans la situation d'esprit où il se trouvait, pour l'histoire de la Fillon, si intéressante qu'elle fût, vous dites que la Normande sera ici demain soir?
—Elle y est, monsieur le chevalier, elle y est; seulement, comme je vous le dis, elle est à faire des folies avec mon vieux reître de capitaine.
—Dites donc, ma chère présidente (c'était le nom qu'on donnait quelquefois à la Fillon, depuis certain quiproquo qu'elle avait eu avec une présidente qui avait l'avantage de porter le même nom qu'elle), est-ce que par hasard votre capitaine serait mon capitaine?
—Comment se nomme le vôtre?
—Le capitaine Roquefinette.
—C'est lui-même!
—Il est ici?