Au même instant une voix polie, qui contrastait singulièrement avec les menaces et les injures dont les deux dames étaient l'objet, répondit dans le pur saxon:

—Ils vous reprochent, madame, de braver l'ordonnance de police qui a paru dans Paris ce matin, et qui prohibe jusqu'au printemps la circulation des cabriolets, déjà fort dangereux quand le pavé est bon, mais qui devient mortel aux piétons quand il gèle et qu'on ne peut éviter les roues.

La dame se retourna pour voir d'où venait cette voix courtoise, au milieu de toutes ces voix menaçantes.

Elle aperçut alors un jeune officier qui, pour s'approcher d'elle, avait dû, certes, guerroyer aussi vaillamment que le faisait Weber pour se maintenir où il était.

La figure gracieuse et distinguée, la taille élevée, l'air martial du jeune homme plurent à la dame, qui s'empressa de répliquer en allemand:

—Oh! mon Dieu! monsieur, j'ignorais cette ordonnance; je l'ignorais complètement.

—Vous êtes étrangère, madame? demanda le jeune officier.

—Oui, monsieur; mais, dites-moi, que dois-je faire? on brise mon cabriolet.

—Il faut le laisser briser, madame, et vous dérober pendant ce temps-là. Le peuple de Paris est furieux contre les riches qui affichent le luxe en face de la misère, et en vertu de l'ordonnance rendue ce matin, on vous conduira chez le commissaire.

—Oh! jamais, s'écria la plus jeune des deux dames, jamais!