Celui auquel s'adressaient ces paroles était un homme de trente-huit ans, blond de cheveux, petit de taille, haut d'épaules; son œil, d'un bleu clair, était vif parfois, mélancolique souvent: la noblesse était écrite en traits irrécusables sur son front ouvert et généreux.

—Je ne bois que de l'eau, maréchal, répondit-il.

—Excepté chez le roi Louis XV, dit le duc. J'ai eu l'honneur d'y dîner avec Monsieur le comte, et cette fois il a daigné boire du vin.

—Vous me rappelez là un excellent souvenir, monsieur le maréchal; oui, en 1771; c'était du vin de Tokay du cru impérial.

—C'était le pareil de celui-ci, que mon maître d'hôtel a l'honneur de vous verser en ce moment, monsieur le comte, répondit Richelieu en s'inclinant.

Le comte de Haga leva le verre à la hauteur de son œil et le regarda à la clarté des bougies.

Il étincelait dans le verre comme un rubis liquide.

—C'est vrai, dit-il, monsieur le maréchal: merci.

Et le comte prononça ce mot merci d'un ton si noble et si gracieux, que les assistants électrisés se levèrent d'un seul mouvement en criant:

—Vive Sa Majesté!